mercredi 9 avril 2008


Très bientot tous les salésiens auront sous les yeux les textes officiels et définitifs de ce Chapitre 26. Ils pourront personnellement s'en faire une opinion.
Je mets fin à ce journal qui aurait pu etre tout autre. Mais le rythme et la méthode de travail, la barrière des langues et la complexité des dossiers ont fait que ce fut ainsi.
Marie, secours des chrétiens, priez pour nous.

Une dernière petite réflexion

Dieu, l’Amour, est “extase”, “sortie de soi”. La vocation, c’est Dieu qui appelle à la Vie, à l’Amour. Elle est “sortie de soi”, libération.

Cette vocation fondamentale à l’Amour, à la Vie, est à la source de toutes les autres. Elle est inscrite au plus profond de chacun. Elle ne nait pas de l’extérieur, de “stratégies d’appel”.

Appel de Dieu à sortir de soi, la vocation nait de l’intériorité de la personne, de son désir.

Les formes de réponses, institutionnelles et historiques, naissent, évoluent, s’adaptent ou disparaissent. L’appel demeure et la réponse s’actualise.

Nous inquiéter des statistiques actuelles nous coupe de l’essentiel : Dieu appelle, l’homme répond. Autrement que nous ne le pensions.

Dans nos régions si Dieu et son appel sont de moins en moins evident, c’est fondamentalement parce que l’homme, non plus, n’est plus évident, ni la vie, ni l’amour…

mardi 8 avril 2008

Une autre petite réflexion
Pour Jésus, une seule chose est nécessaire. Etre pauvre, c’est avoir cet unique nécessaire. Avoir ce qui est nécessaire pour etre généreux, comme le Christ, entièrement donné à Dieu et aux autres. La générosité, la disponibilité sont la juste mesure de la pauvreté.

Manquer de ce qui est nécessaire, ce n’est pas la pauvreté, c’est la misère et le contraire de la misère, c’est la richesse, où l’on possède beaucoup plus que ce qui est nécessaire. Jèsus a toujours combattu la misère et interpellé vivement les riches. Dans les deux cas, en effet, ce n’est plus la générosité qui prime, la misère et la richesse replient sur soi, soit pour survivre, soit pour sécuriser ses avoirs.

L’effort pour vivre la pauvreté à la manière du Christ sera toujours une recherche d’équilibre. Dans cette recherche, le critère d’authenticité est la solidaritè avec ceux qui vivent dans une pauvretè qu’ils n’ont pas choisie

Une petite réflexion personnelle.

Nous assistons à une transformation structurelle profonde et irréversible de notre humanité. Des “processus”, indépendants de nous, se sont mis en place. Nous devons en tenir compte. Muter ou disparaitre. Les fossiles en témoignent : seules les espèces qui se sont adaptées aux nouvelles conditions de vie sur la planète ont survécu. Ce changement profond et structurel exige de nous une conversion de mentalité aussi profonde. En quoi consiste-t-elle?

Pour travailler à l’Evangélisation aujourd’hui, il ne s’agit plus de savoir ce qu’on va faire ( “Projets”, “Lignes d’action”), mais bien de voir comment influencer les processus en cours (d’abord bien les repérer) pour y trouver notre place. Dans un “projet”, l’action est directe, visible (héroique), ponctuelle. Dans un “processus”, la transformation est indirecte, discrete, continue. Elle s’appuie sur le processus en cours, sur la propension de la situation à évoluer.

Par exemple, cessons de geindre sur notre temps, arretons de dire du mal de la secularisation. C’est justement à partir d’elle que nous pourrons repartir. La technicisation de notre société donne l’impression que rien ne s’arrete jamais. Plutot que de diaboliser le phénomène en le qualifiant d’”activisme”, cherchons comment nous y insérer pour y semer le grain de l’Evangile. Don Bosco, en avance, là aussi, sur son temps, ne disait-il pas : “Aimer ce qu’ils aiment… pour qu’ils aiment ce que nous aimons”? Tout reste à inventer. Autrement.

lundi 7 avril 2008

Enfin le mot du soir du Recteur Majeur!!!

Bonne Nuit du RM
25 mars 2008 – Jour de la réélection


Chers confrères,
je sens que je dois remercier le Seigneur pour cette journée. Je considère cette réélection comme une preuve de son amour pour moi. En gardant toujours présent à l’esprit que la Congrégation, la FS, les jeunes sont à lui, et non à moi, qu’ils me sont seulement confiés et qu’ils me sont confiés non pas pour ma fiabilité, mais parce qu'il m’aime et veut me placer là où je puisse vivre ma vie au service des autres. C’est la façon qu’a Dieu de nous aimer : en nous donnant des personnes à aimer, dont nous devons prendre soin, et autour desquelles organiser notre vie.
Je suis entré dans ce Chapitre avec une grande liberté intérieure : je ne considérais pas comme acquis de devoir être réélu. J'avais partagé ce sentiment avec le Conseil Général, en nous rappellant que nous avions été élus pour 6 ans, et donc que l'Assemblée pouvait librement confirmer quelques charges ou non. Et cette liberté intérieure, personnellement, m'a fait du bien, parce que ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Je me suis fait salésien pour être avec les jeunes, pas pour être RM : ceci est un service, et je cherche à le remplir du mieux que je peux.
Je désire vous remercier tous, en tant qu’Assemblée, parce que Dieu parle à travers vous. Le Père Arnaiz disait que il n'y pas de connexion directe avec Dieu; par conséquent, il faut rechercher sa volonté et, dans cette recherche, sont impliquées un ensemble de libertés : la liberté de Dieu, la liberté de chacun de nous, et la mienne. Je vous remercie, et je pense que le vote par lequel j'ai été élu, si unanimement, me donne d'abord une grande confiance, parce qu'il montre clairement le sens d’unité de notre Congrégation. Je ne comprends pas ce consensus comme une valorisation du travail effectué dans le sextennat – du genre : "On ne change pas une équipe qui gagne”: je le comprends plutôt comme un grand acte d’amour envers moi, Provinciaux, Délégués et Invités, un grand acte d’amour envers don Bosco, et donc envers le RM : de cela, je vous remercie, et naturellement je tâcherai de ne pas vous décevoir.
L'expérience vécue aujourd'hui est très différente de celle d’il y à six ans. Je ne pensais absolument pas alors pouvoir être RM. Deux ans avant d’être élu - je l'ai confié plus d’une fois -, j’avais entamé un chemin spirituel de conversion. Je ne sais pas pourquoi, mais le Seigneur m'avait fait sentir ma médiocrité, et je m'étais décidé à faire mieux. Un livre m'a été alors d’une grande aide: "Opportunité ou tentation?", un texte visant le discernement spirituel. Lorsque j'ai vu, il y a six ans, la liste, comme celle présentée aujourd'hui par le Père Arnaiz, énumérant les qualités demandées au candidat RM, et que j'ai vu aussi mon nom parmi les autres, j’ai pensé "Très bien, ce n’est pas pour moi!" et j’ai dormi la conscience tranquille. Le lendemain, par contre, lorsqu’on nous a dit : "Voici la liste, mais maintenant vous devrez indiquer un seul nom", et que j’ai constaté que mon nom apparaissait en première place, alors j’ai pris peur. Je me rappelle que j’ai couru dans ma chambre, pour me me recueillir, en me demandant : "Qu’est-ce que çà veut dire? Est-ce une opportunité ou une tentation ? Si c’est une opportunité que le Seigneur m'offre pour être plus à lui, alors cela vient de Dieu et me rapproche encore plus de lui! Mais si c’est une tentation pour satisfaire mon ego, le désir inconscient de pouvoir, de reconnaissance ? Alors, cela ne viendrait naturellement pas de Dieu et ne m’en rapprocherait pas!”
Cette fois, j'étais - et je suis -, plus conscient de ce que signifie être RM. Peut-être, si je l’avais su il y a six ans, n'aurais-je pas accepté. Aujourd'hui j'ai une plus grande conscience des grands défis que nous avons comme Congrégation. Défis qui proviennent du monde, donc extérieurs, des différents contextes sociaux, economiques, politiques, religieux, culturels; mais aussi défis qui viennent de l'intérieur même de la Congrégation.
En connaissant toujours plus la Congrégation, je sens que je l'aime, et cela, de plus en plus! Et la Congrégation est présente en chacun des confrères.
Tout cela ne me rend pas aveugle devant les grands problèmes, nos grandes faiblesses et nos déficiences. C’est pourquoi je sens vraiment le besoin de compter sur la Grâce de Dieu, sur la Grâce d'état, comme je l’ai expérimenté ces six dernières années, et je lui fais toute confiance, autrement je n'aurais pas accepté.
Je sens pouvoir compter aussi sur la coresponsabilité des confrères, à commencer par le Conseil. Je peux vous dire que le groupe qui a été à mes côtés pendant le sextennat a donné le mieux de lui-même, en m'assistant dans l’animation et la gouvernance de la Congrégation. Nous avons cherché à travailler de manière responsable pour remplir notre mission.
Naturellement je compte beaucoup sur la prière des confrères et sur la collaboration interne.
Hier, lorsque nous avons entamé le discernement, je m’y suis livré moi aussi. J'ai cherché à vivre intensement la journée sans autre préoccupation (ces quelques mots, je ne les ai préparés que ce soir), en me laissant éclairer par l’homélie du Père Arnaiz.
Si vous vous rappelez bien, le père José Marie, dans l'homelie, nous invitait à réfléchir sur le type de RM dont la Congrégation a besoin aujourd'hui et, à la suite, il illustrait les grandes vertus théologales.
Il disait que la Congrégation a besoin d'un homme capable de raviver la foi, c'est-à-dire capable d'animer, de rappeler la fidélité de Dieu à la Congrégation et la fidélité que la Congrégation doit à Dieu ; renforcer l'espoir, c'est-à-dire la certitude de la présence de Dieu dans l'histoire personnelle, dans celle des Provinces et de la Congrégation, la conscience qu’elle n’est pas notre seule tâche, mais celle de tous ceux qui s’en font les collaborateurs, et la conviction, surtout, de la victoire du bien sur le mal, pour ne pas céder à la tentation de penser que "le mal est plus fort de bien". Ceci ne veut pas être une attitude psychologisante, mais bien plutôt une vertu théologale.
Et finalement, disait le Père Arnaiz, la Congrégation aujourd'hui a besoin d'un homme en mesure de ré animer la charité, c'est-à-dire capable d'aimer.
Peut-être l’un des dons les plus grands que le Seigneur m' accordés est vraiment celui-ci : aimer tout le monde, aimer, et en même temps me sentir beaucoup aimé.
Je me sens beaucoup aimé, beaucoup aimé des confrères. Il y a six ans, lorsque j'ai été élu RM, souvent en m’adressant aux groupes, je disais "je vous aime plus que tout au mondre ! (vi voglio[un mondo di] bene) " : peut-être pensaient-ils que je ne connaissais pas très bien l'italien, et donc que je ne savais pas ce que signifie dire "je vous aime (vi voglio bene)". Il est vrai que je ne connais pas encore très bien l’italien, cependant lorsque je dis "je vous aime", cela signifie vraiment que je vous aime! C’est quelque chose que beaucoup ont pu expérimenter, en particulier les confrères et les jeunes.
Hier nous avons reçu, aussi une autre invitation : entretenir une constante prédilection pour les plus pauvres. C’est une chose que j’ai beaucoup à coeur. Si je désire quelque chose en particulier, c’est "ramener la Congrégation aux jeunes les plus pauvres", et je voudrais essayer de vous expliquer pourquoi. Il y a dans l'Évangile une parabole qui me fait grand peur : la parabole du pauvre Lazare et du mauvais riche. Il s’agit du moment où le riche ne peut plus passer d'un côté à l'autre ! Il y a toujours dans la vie un point de non retour et j'ai peur qu’un jour la Congrégation n’arrive à ce point-là! Ceci comme Congrégation, comme Provinces et comme Comunnautés. C’est un aspect qui, personnellement, me tient beaucoup à coeur.
Le Père Arnaiz parlait aussi , dans son homélie, des qualités humaines du RM dont a besoin la Congrégation. Il disait qu'il serait utile d’avoir un homme qui possède une grande motivation pour vivre le charisme salésien, une vaste vision pour aller partout comme s’il voyait l'invisibile. Je ne sais pas si vous savez que c’était le motto de mon ordination. Avant qu’elle ne soit appliquée à don Bosco - dans l'actuelle formulation des Constitutions -, lorsque j'ai été ordonné en 1973, j’avais choisi cette phrase comme devise sacerdotale : "Comme s'il voyait l'invisibile, il resta ferme dans la foi" (He 11, 27).
Le Père Arnaiz nous suggérait encore de choisir un homme qui donne à la Congrégation une direction, qu'il l’aide à prendre une route... Tout cela faisait naître en moi la pensée : "Je ne suis pas celui-là ! Cela demande beaucoup plus au RM ". Je me retrouvais par contre lorsqu’à la fin il énumérait les conseils au RM : il nous rappelait qu’on n'élit pas les meilleurs à ce poste ! De cela, je suis très conscient. Je ne suis pas le meilleur, comme SDB, ni le plus intelligent, ni celui qui connaît et aime le plus don Bosco. Il y a tant de confrères vraiment saints, qui se distinguent pour tant de choses.
J'ai été élu parce que le Seigneur l’a voulu ainsi. Allez lire dans l'Évangile le récit de la dernière rencontre de Pierre avec Jésus à la fin de chapitre 21 de Jean, vous verrez que Pierre n'était pas fiable, surtout après avoir renié Jésus par trois fois! Pourtant, c’est à Pierre que Jésus confie les siens.
Je suis conscient du fait que le Seignore choisit ceux qu’il veut, et qui peuvent dormir la nuit. Ah cela oui ! Le soir, avant d'aller dormir, ma prière, c’est toujours le texte de Luc et de Matthieu : "Venez à moi, vous qui êtes fatigués et oppressés, et je vous donnerai le repos. Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur". Et ceci me libère de la tension avec laquelle je pourrais vivre tant de situations problématiques qui se arrivent chaque jour au bureau du RM. Grâce à Dieu, je dors bien, même si je dors peu, non parce que j’ai des soucis, mais parce que c’est maintenant devenue une habitude.
Quand nous sommes revenus ici, après l'Eucharistie, et que nous avons identifié les défis que la Congrégation doit affronter, je m’y suis retrouvé parfaitement : je reviens aux jeunes, le renouvellement de notre sainteté, l'approfondissement du charisme de don Bosco, l'attention à la formation et l’évangélisation dans les différents contextes. Ce sont plus ou moins des choses que j'avais citées dans le discours d'ouverture du CG26, et aussi dans ma Relation sur la vision globale de la Congrégation.
Lorsque, par contre, nous avons fait la liste des qualités requises par les Capitulaires, je me suis dit en moi-même : "Eh bien, où va-t-on trouver un homme qui a toutes ces qualités ? Cet homme n'existe pas ! Et encore, heureusement que les Capitulaires n'aient pas pensé au RM, mais à don Bosco!" Et vous avez bien fait: cela signifie que le point de référence, c’est lui, et que mon devoir est de chercher à m'en rapprocher toujours plus. Il me plaît à ce point de souligner la circonstance dans laquelle j'ai été réélu : c’est d'abord le jour de l'Annonciation, le 25 Mars.
Ce matin, après m'être vite levé, comme.d’habitude, j'ai commencé le Regina Coeli (que l’on substitue à l'Angelus en cette période de Pâques): je réfléchissais à cette fête, et disais au Seigneur : " Tu m'appelles de nouveau à personnifier don Bosco en un moment historique qui sera marqué par de grandes opportunités de renaissance spirituelle et d'élan apostolique."
Je pensais en premier lieu à 2009, au 150° anniversaire de la fondation de la Congrégation salésienne. J’ai été très ému ces jours en lisant la vie de don Rua. Quand il avait 12 ans, il ne fréquentait pas l'oratoire de don Bosco parce que ce n'était pas considéré un "milieu assez sûr". Sa maman l'avait confié aux Frères des Écoles Chrétiennes, et un jour don Bosco, qui s’y rendait souvent, alors qu’aux autres garçons il distribuait des images des saints, il fit à Michel Rua un signe étrange, comme s’il voulait se couper la main ; signe que Michel, évidemment, ne comprit pas. Finalement, en 1850, Michel Rua entra à l'oratoire et entama un cheminement personnel. Le 26 janvier 1855, don Bosco rassemble 4 garçons et commence à les faire réfléchir sur la vocation. Michel Rua lui avait déjà demandé des explications sur ce fameux signe, et don Bosco lui avait répondu : "Moi et toi, nous devons tout partager en deux". Bien! Et le 25 Mars 1855, à la même date qu'aujourd'hui, don Bosco appela dans son bureau Michel Rua, encore jeune séminariste, et il lui fit faire des voeux privés, sans aucune temoin.
Qui aurait pensé qu'ainsi, pratiquement, naissait la Congrégation ? Le 18 décembre 1859, don Bosco fonde officiellement la Congrégation en lui donnant une structure très claire : un Recteur, qu’il est lui-même, un Préfet qu’il ne fait élire, mais nomme lui-même, don Alasonatti (il craignait en effet que les jeunes ne l'élisent pas, alors il s’en réserva la nomination directe) et un Catéchiste. Là, il laissa aux jeunes la charge de choisir celui qu’il considérait comme la figure la plus importante, le Catéchiste, précisément : ils élirent un sous-diacre: Michel Rua. Et de suite après, les trois membres du Conseil, parmi lesquels Cagliero.
Je m'émeus lorsque je pense à ce don Bosco : je vois un homme qui se laissait guider par l'Esprit, qui était convaincu d'une mission que le Seigneur lui avait confiée, qui avait besoin d'en impliquer d’autres dans son aventure. La grandeur de don Bosco est bine connue : il commence son oeuvre en faisant de ses garçons des partenaires, ses collaborateurs les plus significatifs et les plus immédiats. On raconte qu’à l'oratoire, il y avait un clerc plus âgé que Michele Rua. Et don Bosco, qui l’aimait beaucoup et lui faisait confiance, lui avait confié le soin des internes. Ces mêmes garçons aimaient beaucoup don Rua, parce qu'ils le tenaient pour une véritable image de don Bosco. Je pense que la vraie grandeur de don Bosco a été de faire de ses garçons non seulement des collaborateurs, mais ses "confondateurs" !
C’est pourquoi, j’ai un peu peur, quand nous parlons de l'urgence des vocations! Car n'avons pas le courage de faire ce que faisait notre Père : mettre les jeunes au centre, en faire des partenaires : voilà la grandeur et l'unité de la Congrégation.
Souvent je me demande pourquoi le RM est tant aimé partout dans le monde salésien? Pourquoi la Congrégation n’a pas connu de division après 150 ans ?
Parce que ses fils, qui en ont hérité, l'ont reçue comme un patrimoine inestimabile et ils ont réussi à la rendre stable, en suivant attentivement les traces et l'intuition de don Bosco qui croyait dans les jeunes, en en faisant vraiment des partenaires, coresponsables non seulement de leur propre éducation, mais capables de prendre en main le destin du monde et de l'histoire. C’était la conviction de don Bosco : un de ses garçons a été son premier successeur. Une second a été le premier Évêque et ensuite Cardinal, un autre enfin a été le Saint non martyr plus jeune. Voilà ce que faisait don Bosco!
Exactement ! Tout a commencé un 25 Mars, comme aujourd'hui : don Bosco appela un jeune, Michel Rua. Qui aurait pensé que cet évènement aurait changé l'histoire de milliers et de milliers de jeunes ?
Je veux vous lire ce message que j'ai reçu, entre les centaines d'email qui m’arrivent.
"Très cher RM, c‘est Piero, un “ragazzo” de l'oratoire de Schio (Vicenza) qui a eu l'occasion et la chance de vous rencontrer deux ou tois fois. La première fois, quand vous nous avez fait cette visite surprise où nous avons échangé quelques mots; la seconde, lorsque je suis venu chez vous à Rome, avec mes amis du Mouvement Salésien des Jeunes en novembre 2007, et nous avons mangé à la même table... Je vous écris d'abord pour vous féliciter pour votre réelection comme RM. Je ne comprends pas encore grand chose aux Constitutions ni au reste, mais quand j'ai lu que mardi 25 Mars, c'est-à-dire aujourd'hui, aurait lieu l'élection du successeur de don Bosco, j’ai eu un peu peur : je ne savais pas que vous pouviez n’être pas réélu, et donc n’être plus notre don Bosco aujourd'hui. – Heureusement, j'ai demandé à un SDB de l'oratoire qui m'a dit : "Du calme, sois certain qu'ils le rééliront!". Alors je me suis rasséréné jusqu'à aujourd'hui, lorsque j'ai vu l'annonce sur le site du MGS. Je suis content que vous puissiez être notre chef pour six ans encore. J'ai lu et j’ai compris dernièrement que votre plus grand désir est toujours de revenir aux jeunes. Votre travail me plaît et ce que vous faites pour nous, les garçons du don Bosco du troisième millénaire. Je vous souhaite d’aller de l’avant, de pouvoir agir toujours plus, et de faire agir votre Congrégation, comme aux origines, au 19ème siècle. On en a besoin, et moi, à ma petite mesure, je sens le désir de connaître toujours plus celui qui m'a fait tomber amoureux de Jésus."
Vous entendez comment un garçon parle de Don Bosco ? ! La voilà, la grandeur de don Bosco. Voilà pourquoi cette circonstance de l'élection en ce 25 Mars est très significative pour moi!
Je voudrais terminer cette bonne nuit, en vous disant de quoi peut dépendre l’avenir notre congrégation, et pas seulement pour le sextennat à venir.
D'abord d’un amour pour don Bosco et pour les jeunes qui se traduise par une totale disponibilité pour la mission. Totale disponibilité. Il est très beau de se rappeller ce que don Viganò disait à un Provincial en fin de mandat : "Viens ici, à l’UPS!" ; et à la fin de cet autre sextennat : "Va maintenant à cette autre Province!" ; et ensuite:"Je t’envoie comme Délégué ailleurs". Ce même ex-Provincial, lorsque je l'ai appelé au téléphone pour lui dire: "J’ai besoin de toi", la réponse a été : "Dis-moi où je dois aller!". "J'ai besoin de toi en Turquie..." Et lui : "Quand dois-je y aller?"
Voilà, chers Confrères, ce qui fera la grandeur de la Congrégation : la disponibilité pour la mission. À tous les niveaux. Ici, parmi vous, certains, appelés par moi en tant que RM, pour s’entendre dire que la Congrégation était en grand besoin ici ou là dans le monde, ont répondu simplement et avec pleine disponibilité : "Si le RM pense que... Si don Bosco demande que... ". Plus d'un confrère m'a dit : "J'ai tant travaillé à ma vie académique, que je me puis me rendre disponible pour la Congrégation aujourd'hui ; peut-être puis-je la servir plus directement d’une autre façon." La grandeur de la Congrégation a été relevée encore par toute une foule de SDB qui ont vécu une absolue disponibilité pour la mission.
Une deuxième chose me semble très importante à côté de cette grande mentalité missionnaire: cultiver comme don Bosco une unique grande préoccupation, celle de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Ne rien chercher d’autre. La gloire de Dieu et le salut des âmes. C’est l'expression qui pour don Bosco résumait tout et constituait le coeur de son élan apostolique et missionaire. Elle devrait être la mission phare, qui chaque jour nous fait lever au matin et nous pousse à travailler infatigablement. Et ainsi jour après jour.
Enfin, une existence vécue avec la conscience que nous sommes habités par l'Esprit, que nous sommes appelés à vivre intensement la spiritualité salésienne: cette même spiritualité qui a été aussi féconde dans notre histoire. Il suffirait en effet de se rappeller combien de membres de la FS, en vivant cette spiritualité en vérité, sont parvenus à la sainteté.
Voilà ce je voulais vous dire, Chers Confrères.
Je vous remercie de tout coeur et je vous souhaite "Bonne nuit".
Rome, 25 Mars 2008
Don Pascual Chávez

Homélie du matin

Jn 6,22-29

Je voudrais simplement m’arreter ce matin avec vous sur cette question que nous nous posons peut-etre au début de cette dernière semaine de notre Chapitre Général . « Que nous faut-il faire ? » "Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu?"

1. - Nous nous attendions peut-etre à un catalogue, à une liste bien précise, à quelques exigences facilement repérables,à des lignes d’actions bien claires. Mais la réponse de Jésus nous déconcerte : non pas des œuvres, mais une seule œuvre; et de plus cette œuvre unique consiste à croire en lui, Jésus. Une seule œuvre, dit Jésus. Finalement tout se résume en un seul mot, en une seule démarche: croire en Jésus, venir à lui pour avoir la vie. Le « Da mihi animas cetera tolle » est une prière. Don Bosco croit en Jésus et lui fait cette prière. Les mots ont leur importance, certes, mais l’essentiel est que Don Bosco fonde sa vie, son projet, sur une prière, c’est-à-dire sur sa relation personnelle à Jésus

2. - De fait, dans le concret de notre existence, croire en Jésus transforme tout, emporte tout, illumine tout.

D’abord, croire en Jésus, Fils de Dieu, cela décide de notre avenir. Ce qui vient et sur lequel nous n’avons aucune prise, sinon celle du discernement. D'où que nous venions, et quelle que soit notre histoire personnelle dès lors que nous avons choisi le Christ, il est des routes que nous ne prendrons plus, et surtout des chemins que nous choisirons parce que Jésus les a choisis avant nous.

Ensuite, croire en Jésus, cela ressaisit et restaure même notre passé. Parce que nous venons à Jésus comme à Celui qui recrée et qui sauve, nous pouvons nous retourner vers notre passé, qu'il soit source de joie, de remords ou d'angoisse; nous pouvons le regarder dans sa lumière et nous pouvons dire au Christ : "Oui, Seigneur, j'ai été cela, je suis cela; j'en suis là et je n'en suis que là; mais puisque je viens à toi, et que tu viens à moi, je sais que la route m'est ouverte".

Enfin, croire en Jésus, cela transfigure le quotidien, le réel de notre vie, de notre vie consacrée, de notre service. Le Christ nous aime en habits de tous les jours, et pour lui répondre dans la foi il n'est pas nécessaire de vivre "autre chose": il suffit de vivre les mêmes choses autrement.

3. - Nous vivons désormais en référence au Christ, dans la présence du Christ, et, à partir de notre rencontre personnelle avec lui, c'est toute notre manière de vivre, de servir et d'aimer qui se trouve réorientée et remodelée. C'est toute notre personne qui est reprise, tout son temps, toutes ses forces, tous ses désirs. Le reste, tout le reste est entre les mains de Dieu, puisque, avec Don Bosco, nous lui disons : "Cetera tolle."

samedi 5 avril 2008

En Assemblée ce matin jusque 10h30 : les amendements aux textes des 2 premiers thèmes : Repartir de Don Bosco et Urgence d'évangéliser. A 11h. départ pour les Catacombes. 12h. Célébration de l'Eucharistie en mémoire des Recteurs Majeurs défunts. 13h. Buffet à la Communauté de Saint Tarcisius. 14h. Retour vers la Pisana.

vendredi 4 avril 2008

D'un mot du soir

La Parole de Dieu ne passera pas

Je n’ai jamais pris la peine de mesurer la taille du territoire couvert par la Province Australie Pacifique de Marie, Secours des Chrétiens, mais je soupçonne fortement que c'est la plus grande Province de la Congrégation. Elle s'étend de Perth, Australie, à Salelologa, une ville portuaire de Savai'i, l'île la plus orientale du groupe Samoan. Un vol de Perth à Sydney prend 5 heures. Un nouveau vol de Sydney aux Samoa prend 6 autres heures. La Province passe par de nombreux fuseaux horaires et croise la ligne de changement de date internationale. Je peux voler de Sydney pour les Samoa dimanche soir à 5pm et y arriver à 2am le même dimanche.

Mais ce n'est ni le lieu ni le temps de donner un cours d’histoire ni de brosser une description de la Province, alors qu’on m'a demandé de donner une Bonne Nuit sur mon expérience personnelle. Laissez-moi dire en quelque. Les Salésiens sont arrivés en Australie Occidentale en 1923, comme missionnaires envoyés au peuple autochtone. Don Bosco est présent en Australie depuis 85 ans. J'espère que je serai toujours là pour le centenaire. J’aurai 83 ans... Il y a environ 110 Salésiens en Australie, aux Samoa et aux Fidji. L'âge moyen de la Province est de 59 ans, mais ce chiffre est erroné : il vient du nombre de jeunes Samoans qui entrent chez nous en nombre et en repartent en nombre. L'âge moyen de la Province originale - qui a fondé la mission dans le Pacifique -, atteint les 64 ans.

Maintenant venons-en à l'expérience que l'on m'a demandée de partager avec vous. J'ai passé de longues années à travailler dans divers établissements d'enseignement supérieur comme Prof de Nouveau Testament et comme administrateur universitaire, en particulier en tant que Doyen de l'Université Catholique australienne et de l'Université Catholique d’Amérique à Washington, DC. J'ai du quitter cette vie en 2005, pour prendre mon poste actuel de Provincial. Malgré mon âge avancé, je suis heureux de consacrer ces années au service d’une Province qui m'a donné, tant d'années, opportunités et appui pour étudier, écrire et professer.

Je crois que ma vocation à la suite de Don Bosco m'a appris à travailler inlassablement : le pain et le travail étaient toujours là; le paradis attend encore ! Ma réussite comme enseignant, chercheur et auteur très publié prend ses racines dans la spiritualité du « cetera tolle" que j'ai apprise de Don Bosco et de mes collègues salésiens. Cela m’a amené à être considéré comme senior expert biblique Catholique et théologien de l'Église contemporaine. Mais des tensions surgissent dans ma tentative de marier la longue vie d'un savant critique qualifié et un poste de direction dans une Congrégation qui - jusqu'à récemment – est allée de l’avant malgré son histoire brève mais glorieuse. Je voudrais partager quelque chose des tensions créées par cette expérience.

Un des documents les plus subversifs qui soit sorti de Vatican II fut la Constitution Dogmatique sur la Révélation Divine (Dei Verbum). L'Église préconciliaire (et la Congrégation préconciliaire) étai (en) t profondément eucharistique(s). Un Conseil Œcuménique - l'autorité d'enseignement suprême de l'Église Catholique -, nous a dit qu'il y avait maintenant un nouveau facteur en jeu.

De même que le service constant du mystère eucharistique a fait croître la vie de l'Église, de même on peut s'attendre à une nouvelle impulsion de vie spirituelle, venant de la vénération accrue de la parole de Dieu, qui "ne passe pas" (Is 40:8; 1 P 1:23-25) (Dei Verbum 26).

La vitalité même de la Tradition Catholique et Salésienne - l'Eucharistie -, à été inextricablement associée à la présence vivante de la Parole de Dieu dans la communauté. Ces sentiments ont été succinctement articulés dans Dei Verbum 21 :

L'Église a toujours vénéré les Ecritures saintes comme elle a vénéré le Corps du seigneur, dans la mesure où elle ne cesse jamais, particulièrement dans la liturgie sacrée, de prendre le pain de vie et de l'offrir aux fidèles de la double table du Corps et de la Parole de Dieu.
Malgré l’élan donné à la Parole de Dieu au Concile - et aussi dans nos propres réflexions post-conciliaires (voir des Constitutions 85, 87-88 et l'insistance sur la LD) -, une réception ouverte des défis émanant de notre lecture critique des Ecritures n’a trouvé aucune résonance ni dans l’Eglise Catholique ni dans ses Congrégations religieuses.
Laissez-moi donner deux exemples simples parmi les centaines possibles. Beaucoup de cercles sont choqués de découvrir les véritables intentions des différents auteurs de Genèse 1-11. Il y a bien plus que ces histoires d’Adam et Eve, de serpent et de pomme. Encore plus sérieux est le problème de l'historicité des événements rapportés dans les Évangiles. Voici un exemple spectaculaire tiré des récits de l’enfance de Matthieu 1-2 et Luc 1-2. Est-ce que Marie en était le héros ? Les événements se déroulèrent-ils comme dans Luc : annonciation, visitation, naissance de notre seigneur, présentation et recouvrement de Jésus au Temple, que l’on voit dans les Mystères Joyeux du Rosaire ? Ou était-ce Joseph le héros, et les événements se déroulèrent-ils comme dans Matthieu : une généalogie, le soupçon d’une naissance illégitime, Hérode le rusé enquêtant sur la visite des Mages d’Orient, la fuite en Egypte, le massacre des Innocents, le retour d'Egypte et la nécessité d’une autre fuite à Nazareth ? Cet ordre ne convient pas aux Mystères Joyeux! Et ne me posez pas de questions sur l’authentique source biblique des Mystères Lumineux !
Nous souffrons aujourd’hui d’un sérieux "ralentissement" de l'enthousiasme pour la Parole qui a suivi le Concile. Ce "ralentissement" est généralement amorcé et encouragé par nos leaders ecclésiastiques. De nos jours, nous entendons tant de choses sur les abus qui doivent être corrigés - que ce soit l'interprétation de la Parole de Dieu ou la célébration de l'Eucharistie. Je tremble à la pensée de ce qui va sortir du Synode de cette année sur la Parole. Sans doute le Synode va-t-il inverser complètement l'insistance de Dei Verbum 10, sur le fait que le Magistère est au service de la Parole de Dieu : mais il le fera subtilement. Je soupçonne que l'on nous dira que la Parole ne peut être interprétée authentiquement que par le Magistère.
Mais quel Magistère? N’entendons-nous rien de notre riche Tradition Chrétienne, vieille maintenant de 2000 ans? Quand avez-vous entendu ou lu pour la dernière fois qu’on se soit référé aux Documents Conciliaires, ou aux deux grands Papes du Conciles ; Jean XXIII et Paul VI ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y a au Vatican des Cercles qui ont peur, et tiennent à réprimer l'enseignement du Concile, particulièrement celui de Gaudium et Spes. Le Magistère a été réduit à l'enseignement de JPII et de BXVI. C'est un incroyable appauvrissement.

J'ai eu la grâce de devenir SDB en 1960 et de parcourir l'expérience passionnante du Concile et l’immédiate ère post-Conciliaire jusqu’ à ce moment de « ralentissement" de la joie et de l'espoir (Gaudium et Spes), engendrés par le Concile dans la vie de l'Église. En effet, dans mon expérience, "le ralentissement" d'attention critique à la source de tout ce que nous sommes et faisons est presque arrivé au point mort. Beaucoup, y compris d‘importants leaders tant de l'Église que des Institutions Religieuses, tiennent la science pour un danger pour la foi simple des gens ordinaires et des religieux. ordinaires. Les lectures fondamentalistes, plutôt que critiques, de l'Ecriture sainte sont plus acceptables et se retrouvent ainsi partout, y compris à ce Chapitre.

Les jeunes confiés à notre soin peuvent être exposés à toutes les subtilités de leurs professions et occupations, et formés de manière critique tant à l’École qu’à l'Université. Et ils ne devraient pas être incités à considérer critiquement la source qui nourrit notre foi : la Parole de Dieu ? Nous faisons face à une époque de la vie de l'Église où la PdD quand a été légitimement exprimée dans les seuls mots de l'Église. Mais beaucoup de ces enseignants ne sont pas formés, et résistent ainsi avec énergie aux richesses découvertes en 150 ans de recherche critique, biblique et théologique, approuvée par Pie XII et Vatican II. L'autorité est utilisée contre l'analyse critique.

En 1973, le célèbre savant bibliste catholique, Raymond Brown, a brossé la caricature d'un phénomène qu'il a considéré comme une chose du passé :
Si le savant biblique réclamait la liberté de jouer avec ses jouets dernier cri de langues et de genres littéraires, il devait être contenu dans un parc à bébés et y rester prisonnier, pour ne pas déranger le bon ordre de la maisonnée théologique. (La Conception Virginale et la Résurrection Physique de Jésus [Londres : Geoffrey Chapman, 1973], 6).
Mon expérience me dit que cette envie de contenir le rôle du penseur critique dans la vie de l'Église n'est pas une chose du passé. Le document de la Commission Biblique 1993, l'Interprétation de la Bible dans l'Église est certes acclamé, mais ignoré.

Vous l’avez devant vous : les tensions d’un Provincial Salésien, formé pendant 40 ans pour penser de façon critique, et essayant maintenant de diriger une Province dans une situation où l'Église - et une grande partie de la Congrégation – rejette(ent) une telle approche de la vie Chrétienne et religieuse. On est soumis d’une expérience à l'autre à une utilisation superficielle de la PdD.

Est-il possible que les SDB apportent à cette situation quelque chose de la joie et du courage de Don Bosco? Un peu de Gaudium et Spes amorcé par le Concile ? Niente ti turbi! Malgré mes frustrations personnelles, je crois que ce n'est pas le temps de se laisser décourager. Mais nous devons travailler dur – comme Congrégation - pour développer notre sens de l'histoire et une compréhension appropriée de la signification d'un Conseil Oecuménique qui nous a demandé de faire tout ce que nous pouvons pour discerner ce qui est vrai et comment cela nous concerne. Je me réjouis de l'appel du Recteur Major "pour de nouvelles frontières." Mais nous ne devons plus demander simplement ce que nous devons faire. On doit aussi ré examiner la raison même de notre existence. Un bon point de départ pour commencer ce nouvel examen est la personne et le message mêmes de Jésus, tels qu’à nous transmis par nos Ecritures inspirées et lues de façon critique.

La présente expérience d'Église et de Vie Religieuse peut faire peur et désorienter, particulièrement ceux d’entre nous qui avons jusqu’ici fait partie de la tradition Catholique authentique, pendant et après l'expérience du Concile, et qui avons donné nos vies pour l'ordre du jour post-Conciliaire. Plusieurs - incluant plusieurs membres de la Congrégation - voudraient nous renvoyer dans nos parcs à bébés, ce qui - au moins pour moi - est impossible.

Ces temps ne sont pas faciles pour l'Église catholique - ni pour sa direction, ni pour ses fidèles. 83 % des Catholiques australiens ne pratiquent plus leur foi. Mais c'est un temps de croissance douloureuse qui ne peut pas être nié par "la restauration" d'un passé idéalisé, rendue possible par la répression, parfois fanatique, de toute tentative d’élever une voix critique.

L'espoir libéré par Vatican II a ouvert l’appétit pour l’inédit et cet espoir ne sera pas contrecarré. "Car un espoir que l'on voit n'est pas l'espoir. Car qui espère ce qu'il voit ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec patience" (Rom 8:24-25). Je souffre peut-être encore d'une gueule de bois, résultat des jours impétueux de l’immédiat après Concile. L'histoire future de l'Église catholique et des mouvements Religieux qui réchapperont du heurt présent entre dogmatisme croissant et rapide désintégration culturelle, dira leur propre histoire. Je n’en assisterai qu’aux débuts, mais mon expérience Salésienne m'apprend que l'enseignement au niveau le plus élevé du Magistère de l'Église, le Deuxième Concile du Vatican, devrait être notre guide.

Verbum Domini manet in aeternum (Is 40:8)

Francis J. Moloney, SDB,
Province Australie-Pacifique

mercredi 2 avril 2008

PSAUME SALESIEN

Bénissons Dieu qui a suscité en Don Bosco une force apostolique en faveur des jeunes pauvres, délaissés et en danger.
Bénissons Dieu qui nous fait le don de tant de jeunes à aimer et à évangéliser, comme les premiers et principaux destinataires de notre mission.
Bénissons Dieu pour la présence salésienne en tant de Pays de l’Europe, de l’Afrique, de l’Océanie, de l’Asie et de l’Amérique.
Bénissons Dieu pour le travail éducatif salésien dans les écoles, les centres professionnels et universitaires qui favorisent le développement intégral du jeune par l’assimilation des valeurs culturelles solides et à travers l’éducation de la foi.
Bénissons Dieu pour la formation au travail qui rend habiles les jeunes de nos écoles techniques et agricoles. Tout en imitant la sollicitude de Don Bosco, nous nous tournons vers les jeunes qui s’orientent au monde du travail et aux jeunes travailleurs afin de les rendre capables d’occuper dignement leur place dans la société et dans l’Église.
Bénissons Dieu qui fait grandir son Église dans les communautés paroissiales et dans les centres d’évangélisation confiés aux salésiens et dans les paroisses missionnaires, en leur offrant de chemins de catéchèse, d’évangélisation et de promotion humaine.
Bénissons Dieu qui inspire aux missionnaires salésiens parmi les peuples non encore évangélisés, à partager leur vie avec les indigents et les paysans, tout en semant l’Évangile et en bâtissant la communauté ecclésiale vivante.
Bénissons le Seigneur pour nos centres de jeunes et nos oratoires salésiens, qui favorisent la rencontre, l’engagement et la maturité des groupes de jeunes, en leur offrant de propositions pour l’emploi de leur temps libre et de possibilités de formation dans de divers groupes et associations.
Bénissons Dieu du fait que, tant de jeunes mis à l’écart du système éducatif, puissent réussir à mettre des pierres angulaires dans leur vie à travers la capacité de travail, la formation éducative et l’intégration à la dynamique productive.
Bénissons Dieu qui suscite en tant de jeunes l’inquiétude pour le Royaume au style de Don Bosco et accompagne le processus éducatif de formation de nos communautés de regardants, d’aspirants, de novices, de post novices et de théologie.
Bénissons Dieu pour la fidélité des Salésiens anciens et malades qui ont dépensé leur vie en faveur de tant de jeunes du monde et qui, maintenant, constituent la richesse de la communauté en lui offrant leurs limitations et leurs souffrances pour les confrères et pour les jeunes.
Bénissons Dieu qui appelle tant de laïcs, jeunes et adultes, parents et éducateurs, pour former une communauté éducative pastorale qui devienne famille pour ceux qui n’en ont pas.
Bénissons Dieu qui nous appelle à un service pastoral populaire, en nous laissant évangéliser et en accompagnant les porteurs des valeurs évangéliques dans leur effort de promotion humaine et de croissance de la foi.
Bénissons Dieu pour les divers groupes de la Famille Salésienne qui, tout en vivant dans le même esprit, poursuivent, dans des vocations différentes, la mission de Don Bosco.

Jean 3,16-21

Face à Jésus lumière du monde, un discernement, une discrimination, un choix décisif s'opèrent dans la vie et la liberté de chacun. C'est cela, le jugement : "Le jugement, le voici, dit Jésus; la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré l'obscurité à la lumière".

"Qui croit au fils n'est pas jugé"; c'est-à-dire qu'il se range volontairement parmi les hommes du oui; il se place volontairement dans le rayonnement de Jésus lumière. "Qui ne veut pas croire est déjà jugé": il s'est déjà jugé, parce qu'il n'a pas voulu croire au nom du Fils unique de Dieu, c'est-à-dire à la personne du Fils de Dieu et à son rôle unique dans le salut du monde.

L'irruption de la lumière, du Christ lumière, dans le monde des hommes trace donc une frontière entre le oui et le refus, et cette frontière traverse non seulement des groupes humains, mais le cœur de chaque homme et la vie de chaque croyant. En chacun de nous cette frontière demeure mouvante, car nous n'avons pas fini d'accueillir la lumière, et de jour en jour, d'année en année, cette lumière de Jésus doit conquérir, influencer, apprivoiser de nouveaux secteurs de notre cœur, de notre agir et de notre liberté.

C'est pourquoi la lumière tout à la fois attire et fait peur.

Par le meilleur de nous-mêmes, nous venons d'instinct à la lumière de Jésus, la lumière qui a baigné notre engagement au service de l'Évangile. C'est cette lumière de Pâques que nous demandons à Dieu dans le silence de la prière personnelle, c'est vers elle que nous approchons, lorsque ensemble nous célébrons l'Eucharistie du Seigneur, réchauffant notre foi à la foi de la communauté.

Mais également nous fuyons cette lumière, lorsqu'elle risque d'éclairer de plein fouet les zones d'ombre ou de pénombre que nous voulons défendre, tel secteur d'activité dont nous restons propriétaires, telle habitude ou telle inertie à laquelle nous ne voulons pas renoncer, telle influence ou telle relation qui n'est plus selon l'Évangile, et tous ces "à peu près" dans la vie de prière ou de service.

Allons au-devant du rayonnement de Jésus, au-devant des clarifications, des remises en cause, au-devant du regard décapant de nos frères, parce que nous n'avons rien à perdre, rien à craindre, et tout à gagner à un supplément de lumière. Une seule chose importe : que nos œuvres, vraiment, soient accomplies en Dieu, et que Dieu, dans notre pauvreté, puisse accomplir ses merveilles.